En ces jours. Noirs-jours. Par une noire échelle. - Giulia Longo
En ces jours. Noirs-jours. Par une noire échelle.
« Et j’ai fui comme une bête traquée, pour m’évader de moi-même, pour casser la mâchoire de mon enfance non-enfance à l’haleine sauvage et aux dents tranchantes qui sillonnent encore et dévastent mes prés et forêts…» Aco Sopov

Quand la routine étouffe, il ne reste que partir.
J’ai quitté Paris, ville marâtre que j’aime pourtant et cela inconditionnellement, pour me sentir étrangère ailleurs ou peut-être, pour me sentir étrangère différemment.
Encore un ailleurs, loin de ma patrie, ce pays aux couleurs et aux saveurs merveilleuses qu’est l’Italie.
Enfant, de ma ville située dans le profond Sud, juste en face des Balkans, je regardais avec curiosité ces femmes excentriques aux cheveux blond platine.
Il y avait aussi des enfants et des hommes mais il se faisaient remarquer moins.
C’étaient les années quatre-vingt-dix, entre 1996 et 1999: la guerre du Kosovo.
On m’a expliqué par la suite que les personnes que je voyais à la télé quitter leur pays en raison des bombardements étaient les mêmes qu’il m’arrivait de croiser dans la rue.
Ces femmes aux cheveux crêpés étaient des immigrées.
J’étais nostalgique du regard que je posais au monde petite.
Cette naïveté, cette innocence, cette pureté par lesquelles mon enfance découvrait le monde.
En jeune femme, je suis partie à Skopje, capitale de la Macédoine. Je suis allée en quête de cette nouvelle étape de mon existence, pour me decider à l’assumer pleinement tout en renouant le lien intime avec la petite fille que j’ai été: hier et aujourd’hui solitaire exploratrice des mystères cachés au fond des choses.
Vivre et éveiller la même stupeur, le même émerveillement de manière authentique et totale, sans médiation aucune, hormis le Nikon FM2 de mon père avec lequel j’ai essayé de capter plus que des images documentaires, des instants où la merveille s’est manifestée.
Chaque photo une étape, une case correspondante à l’histoire silencieuse de mon premier voyage en jeune femme seule, un tête à tête avec une durée diluée du temps et la poésie d’Aco Sopov dont je me suis emparée au cours de cette histoire en noir et blanc.
Ces lieux se sont offerts à moi comme un ciel étoilé; je les ai faits miens dans la seule façon possible: en leur rendant par le truchement de la photographie cette étrange magie qui m’a habitée pour laisser le monde intérieur s’épanouir dans la lumière.
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